• Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr
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    3 days ago

    Alors, désolé pour le temps que ça m’a pris de répondre, j’ai fait une première réponse, puis je me suis rendu compte que je me répétais beaucoup, puis que je manquais un peu de connaissances, puis la vie perso m’a pris du temps, bref, voici enfin une réponse.

    Du coup, j’ai été consulter quelques sources sur les questions de l’énergie, notamment ces trois ci-dessous :

    Je fais d’abord une première proposition de clarification sur les positions différentes sur l’axe technosolutionnisme/décroissantisme. Les termes sont pas forcément idéaux, c’est complètement mon invention pour essayer de clarifier le nuancier des positions (libre à toi de renommer ces catégories, si tu juges que certaines ne méritent aps leurs étiquettes) :

    • Technosolutionnisme pur : des technologies futures seront la solution, inutile de changer nos modes de production ou nos modes de consommation
    • Technosolutionnisme large : les technologies actuelles sont la solution, inutile de changer nos modes de consommation, changeons uniquement nos modes de production
    • Ecologisme “technique” : l’important est les technologies actuelles, changeons d’abord nos modes de production, et changeons les modes de consommation à la marge
    • Ecologisme “social” : l’important est la diminution de la consommation, changeons d’abord nos modes de consommation, et changeons les modes de production restants
    • Décroissantisme pur : la diminution de la consommation est la solution, inutile de changer nos modes de production, changeons uniquement nos modes de consommation

    Pour être franc, de ces 5 catégories, j’ai surtout rencontré les 3 du milieu. Les décroissantistes “purs”, qui veulent 0 technologie, je connais quelques groupes, mais j’en ai jamais rencontré. Les technosol’ purs, je connais deux trois fous-furieux outre-Atlantique, mais j’en ai jamais rencontré.

    Je pense que ta première question s’attaque au Décroissantisme pur, et que si on veut répondre à cette attaque, on pourrait se concentrer sur les aspects du Technosolutionnisme large qui sont quasiment les seuls qu’elle aborde, alors qu’en réalité, on serait plutôt deux partisans de ce que j’ai appelé Écologisme, toi de son pendant technique, moi de son pendant social. Et dans l’essentiel de ton message, je pense qu’il y a beaucoup de points qui ciblent surtout le Décroissantisme pur, et en y répondant j’avais surtout envie de répondre en critiquant le Technosolutionnisme large, alors que, selon moi, on défend des positions beaucoup plus proches l’une de l’autre, et beaucoup plus nuancées. Je range notamment dans cette catégorie les points “Postulat/conclusion” et “Ça ne résoud pas le problème”.

    Sur le mélange des décroissances et la décroissance "totale"

    La multiplicité des sens de “décroissance” est un fait, ça dépend évidemment de ce qu’on met derrière. Pour la plupart des catégories (j’exclus population, qui est dans mon expérience un débat très différent, et qui n’existe pas vraiment parmi les écolos que je connais), je pense qu’on peut défendre un modèle où toutes ces décroissances s’opèrent en même temps. C’est en tout cas ce qui me semble désirable, même si j’ai beaucoup moins de connaissances techniques que toi. Ce serait un peu comme l’intersectionnalité des luttes, on aurait une intrication revendiquée des différentes diminutions : de la consommation, donc de la production, donc des émissions, et par extension du PIB (avec remise en question de notre modèle économique qui repose sur une croissance constante), et par extension de la richesse et du confort tels qu’ils sont définis aujourd’hui (ou bien si on veut être plus précis, une diminution de la liste des prérequis et des élements considérés comme contribuant au confort).

    Sur le fait que la décroissance des émissions implique une augmentation de la consommation en énergie, d’après les infos que j’ai trouvées c’est pas forcément le cas. Les scénarios que j’ai trouvé partent soit sur une stagnation soit sur une diminution.

    Sur l'inversion postulat/conclusion et l'honnêteté intellectuelle des gens

    A titre personnel, j’ai l’impression que ce n’est pas par pure mauvaise foi que les gens vont chercher des arguments plus ou moins bons contre des innovations technologiques à impact environnemental réduit, je pense que c’est une différence de rapport à la science. Une chose est sûre, le discours scientifique, et donc technologique, n’est jamais tranché : ça peut être partiellement dû à des marchands de doute, mais c’est aussi le coeur du discours scientifique. Il a toujours des limites, des biais, des angles morts. Et en tant que simple intéressé-e, on est toujours exposé-e à des publications qui relativisent telle annonce ou nuance telle avancée, si bien que quand on a pas le temps et/ou les capacités de se plonger dans tous ça, on en tire simplement un sentiment d’incertitude. Opposé à ça, on a une équation radicale, moins de consommation, c’est moins d’émissions et de pollutions. Si en plus ça va de pair avec une relative remise en main du contrôle (la décroissance, c’est à toi d’en faire une partie, les solutions technologiques, l’essentiel des personnes n’ont pas à agir), ça construit une alternative qui permet de comprendre pourquoi les gens peuvent être méfiants face aux solutions technologiques : pile, c’est à moi de le faire et ça va forcément aider, face c’est quelqu’un d’autre qui s’en occupe et j’ai pas de certitudes sur l’étendue de son efficacité.

    Je vais nuancer immédiatement ce que je viens de dire, c’est bien dans la tête des gens, pas dans les faits. Factuellement, on est d’accord que dans l’ensemble les énergies renouvelables sont une amélioration par rapport aux fossiles en matière d’émissions.

    Pour reprendre ton exemple de logiciel propriétaire qui peut aider, ce serait contre-productif de protester contre le logiciel propriétaire si comparé à une alternative libre, seule l’efficacité et la licence changeaient. Mais si on commence à rajouter qu’il finance un milliardaire aux moeurs douteuses, que des associations estiment qu’ils ont un peu surestimé les réductions d’empreinte carbone, que son déploiement nécessite de construire une infrastructure de réseaux plus grande, etc., ça peut être assez pour que les gens se demandent “et si on diminuait juste notre utilisation de ces logiciels ?”. C’est pas une solution dans tous les cas, mais c’est juste pour dire que c’est pas toujours illégitime de préférer la décroissance de la consommation à un changement de technologie, surtout si on prend en compte les aspects sociaux et environnementaux en plus des seuls aspects techniques.

    Sur la faisabilité de la décroissance de la consommation

    Plusieurs points distincts me font dire que d’assimiler le Décroissantisme pur à du solutionnisme, et à plus forte raison les Écologismes social et technique, c’est au mieux approximatif, au pire de mauvaise foi. Ceci étant dit, je reconnais qu’on a plus de plans précis pour l’Écologisme technique que l’Écologisme social. Voici les points qui me chiffonent :

    • L’absence d’exemple n’implique pas la même chose dans le cas de la fission et de la décroissance de la consommation : dans le premier, on ne sait juste pas quoi faire. Dans le second, on sait quoi faire, on ne sait juste pas ce qui est optimal/efficace.
    • On a un (mauvais) exemple de politique publique qui réduit les émissions par le biais de la réduction de la consommation : le confinement. C’était même pas l’objectif, et c’est clairement pas ça qu’il faut faire, mais bon comme quoi c’est possible.
    • Le scénario que j’ai consulté (négaWatt 2022) incluait tout un pan de mesures que je classe dans la “décroissance de la consommation” (que le rapport regroupe sous le terme “Sobriété”, sa catégorie soeur étant “Efficacité”, donc plus sur l’électrification et les solutions technologiques). Ne pas avoir d’exemple n’implique pas de ne pas avoir de plan, bon ou moins bon, à mettre en place tout de suite (contrairement à la fission).
    • Ça ignore beaucoup de problèmes environnementaux et sociaux de se concentrer pays par pays, c’est cool qu’on baisse nos émissions localement, mais si c’est pour délocaliser la production et donc les émissions, bah c’est à nuancer voire à annuler. Par exemple, il me semble que le nucléaire n’a pas empêché l’empreinte carbone du français moyen d’augmenter au tournant du siècle, même si ça baisse depuis. Alors que la décroissance, elle, joue sur tous les tableaux, émissions locales et importations.
    Sur les stratégies d'électrification et le budget CO2

    D’abord, merci beaucoup pour l’explication détaillée, elle pose des concepts et des termes qui me sont bien utiles. Par contre, je pense que dans la première partie, le point est manqué : on est bien d’accord que l’électrification permet d’éliminer la grosse partie des émissions, mais dans le passage que tu cites, je parlais justement des émissions (et surtout plus généralement des pollutions) résiduelles, qui resteront même une fois qu’on aura passé l’essentiel du système en full électrique.

    Ensuite, pour la question du budget CO2 (qui est une excellente manière de présenter les choses), je pense qu’on est tous les deux d’accord pour dire qu’il faudra en passer par là, et personne que je connaisse personnellement dans les cercles écolo ne prône le 0% d’émissions immédiat (du reste, je n’en connais pas non plus en ligne ou dans les livres). A mon sens il n’y a pas d’approche qui dise qu’on a pas de budget C02 à se donner, et la différence entre les deux “Écologismes” que j’ai identifiés me semble être la suivante :

    • Écologisme technique : il faut d’abord électrifier l’intégralité de notre système de production, et le budget CO2 doit être adapté en fonction, en étant le plus petit possible
    • Écologisme social : il faut d’abord un budget CO2 le plus petit possible, et l’électrification de notre système de production doit donc se faire partiellement, les usages superflus devant être abandonnés.

    Du coup il y a sans doute des positions intermédiaires entre les deux, mais c’est comme ça que je vois les choses.

    Sur high-tech/low-tech

    Merci énormément pour cette présentation, ça me permet de connaître des sens et des histoires plus précis de termes que j’utilisais toujours avec une définition assez vague.

    Je pense qu’effectivement l’usage que je fais de ces termes n’est pas du tout la complexité de production d’un objet technique. Par contre, je pense qu’elle ne recoupe pas exactement les notions de propriétaires/libres. Par exemple, si un produit était propriétaire, mais avait une documentation très poussée, une conception qui le rendait compatible avec de nombreux autres objets (et surtout d’autres vieux objets), et une bonne disponibilité de pièces détachées/d’extensions, je pense que je le classerais plutôt dans le low-tech. Après t’avoir lu, je me suis dit “oui, en fait, je ne parle pas de complexité technique de production, mais de complexité technique d’usage”. En gros, je ne décris pas la complexité de la chaîne de production nécessaire à l’objet dans l’absolu, je pars de l’objet dans son contexte, et je regarde à quel point il me serait compliqué de l’utiliser (et surtout de continuer à l’utiliser en cas de problème). Effectivement, ça recoupe les objectifs des logiciels libres, mais je pense que c’est une échelle plus large : les technos libres font partie de ma définition du low-tech, mais ce n’est pas un prérequis d’être libre pour être low-tech.

    • keepthepace@tarte.nuage-libre.fr
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      3 days ago

      Aucun souci pour le délai dans les réponses. Parfois, c’est moi qui ai besoin d’une semaine parce que des choses se passent. Là, c’est parfait. Ton message arrive au moment où je n’avais pas envie de bosser. Donc, j’y mets un peu de temps, mais je ne répondrai pas toujours aussi rapidement.

      propriétaire libre

      si un produit était propriétaire, mais avait une documentation très poussée, une conception qui le rendait compatible avec de nombreux autres objets (et surtout d’autres vieux objets), et une bonne disponibilité de pièces détachées/d’extensions, je pense que je le classerais plutôt dans le low-tech.

      ainsi que, je suppose, le droit de le modifier/réparer? Tu viens de décrire les principales libertés que les licences libres proposent d’implémenter :-) La différence est juste que dans le libre, il y a une licence qui vient imposer ses libertés et empêcher un retour en arrière sans que ça dépende du bon vouloir des ayant droits.

      Décroissantisme pur et technosolutionnisme

      Je ne pense pas construire un homme de paille lorsque j’attaque des décroissantistes purs.

      Les critiques sur les véhicules électriques sont quand même monnaie courante, que ce soit sur Internet ou dans la vie. Et leur focalisation sur les émissions à la production, chaque fois me donne franchement l’impression de nier l’idée qu’on doit se permettre un budget CO2 pour une transition.

      Sur l’arbitrage entre mode de consommation et mode de production: en fait, je pense que je suis technosolutionniste selon tes définitions.

      Vu que pour moi le but est qu’on émette zéro CO2, qu’on émette zéro pollution et qu’on soit 100% renouvelable, si on arrive à ce stade, alors la consommation n’est plus un problème. Quelqu’un qui roule en voiture solaire peut bien faire 10 fois plus de kilomètres, ça ne pose aucun problème à la planète. Idem, quelqu’un qui a des productions d’électricité renouvelable peut bien climatiser ses pièces à 16 degrés, ça ne cause aucun problème.

      Alors bien sûr, dans la période de transition qu’on a aujourd’hui, ça va aider de se rationner. Ça permettra de diminuer le budget de CO2 dont on a besoin pendant cette période de transition. Mais dire que ça doit être un changement sociétal à long terme, non, je trouve que ce n’est pas nécessairement vrai.

      A mon avis, il y a plein de changements dans les modes de consommation qui sont souhaitables et dont on doit débattre, comme par exemple le végétarianisme. Par contre rationaliser des contraintes artificielles desquelles on va sortir dès qu’on sera sortis des fossiles, ça, je n’en vois pas l’intérêt et je pense même que ça peut être dommageable sociétalement.

      Un des exemples qui me vient en tête, c’est les voyages internationaux. En avion, c’est clairement un gros poste d’émission de CO2, donc je comprends qu’on décide de limiter ça.

      Par contre, il ne faut pas partir de cette contrainte pour se mettre à rationaliser l’idée selon laquelle ce serait négatif que des jeunes soient exposés à d’autres cultures. Pour moi, les échanges internationaux en Europe via Erasmus, ça a été un immense facteur d’intégration et de paix. Et je trouve qu’on doit souhaiter un futur où ce genre de pratique est renouvelable plutôt qu’un futur où ce genre de pratique est absente.

      De plus politiquement, et psychologiquement, je pense qu’au contraire, la transition sera d’autant plus rapide et d’autant plus facile à accepter que l’on promeut des modes de vie confortables et durables.

      Le solutionnisme décroissantiste

      Je viens de regarder le plan transport du scénario Négawatt. Il se base en partie sur le déploiement de l’hydrogène dans les véhicules. 75% des poids lourds en 2050. C’est carrément du technosolutionnisme là.

      Alors moi ça ne me gêne pas qu’on suppose que dans quelques dizaines d’années il y aura des nouvelles technologies. Ce serait même extrêmement déraisonnable de ne pas le supposer. Mais c’est un petit peu hypocrite de s’autoriser ça pour les technologies qui nous plaisent et de se l’interdire pour celles dont on a décidé qu’elles n’évolueraient pas.

      Il suppose également une baisse de 9% par an de la distance parcourue par habitant en France. Et là, je dois t’avouer que je trouve ça encore plus spéculatif que le déploiement de l’hydrogène ou de la fusion à long terme. Là, c’est quelque chose dont on n’a aucune idée de comment on va le faire.

      Certes, on sait que des leviers existent, mais enfin, il faut 20 ans pour faire une ligne de tramway dans une grande ville. Les innovations à mettre en place politiquement et économiquement pour que ça se passe plus vite, c’est du domaine de la science-fiction.

      En tant que techno-utopiste, je veux bien croire qu’en 2100, on ait réussi à trouver des méthodes d’organisation qui font que ces chantiers peuvent avancer plus vite, mais ça me paraît extrêmement déraisonnable d’utiliser ça pour résoudre une crise urgente.

      C’est ça que je trouve solutionniste. Je pense que les calendriers sur la fusion sont assis sur des théories bien mieux testées que les calendriers décroissantistes.

      Pardonnez nos émissions!

      A titre personnel, j’ai l’impression que ce n’est pas par pure mauvaise foi que les gens vont chercher des arguments plus ou moins bons contre des innovations technologiques à impact environnemental réduit, je pense que c’est une différence de rapport à la science.

      J’ai une autre théorie: J’ai l’impression que pour beaucoup d’écolos, ils ont recyclé une mentalité catholique de l’absolution par l’expiation.

      Il y a cette idée que la pollution a été causée par un excès de consommation et que l’on doit pardonner nos fautes via un refus volontaire du confort. Je ne sais même pas si c’est particulièrement catholique comme mentalité, c’est en tout cas religieux et de la pensée magique.

      Si tu leur vends un scénario où leur confort n’a pas besoin de changer et on peut réparer la biosphère, ils supposent qu’il y a une arnaque. C’est trop beau pour être vrai. Et surtout, moralement, l’équation karmique n’est pas équilibrée parce qu’on a causé un dommage par notre insouciance et on ne l’a pas réparé par une souffrance.

      Si tu leur dis qu’en fait avec des voitures électriques qui se rechargent au solaire pendant la journée, on peut multiplier par 10 les kilomètres qu’on fait par habitant sans que ça embête la planète, ça leur paraît impossible.

      Seulement voilà, l’équation morale est imaginaire alors que l’équation d’émission de CO2 est réelle. L’univers se fout de la souffrance humaine.

      pollutions résiduelles

      Sur les pollutions résiduelles, Le problème, c’est que chaque pollution individuelle est un problème différent. Chaque fois avec des solutions différentes qui impliquent des discussions différentes. Les obligations, les textes sérieux ne parlent pas de CO2, ils parlent de gaz à effet de serre en incluent énormément d’émissions. Je ne crois pas être particulièrement biaisé en disant qu’il y a un certain consensus pour dire que le CO2 est le plus gros problème et que si on arrive à le résoudre, les autres devraient être plus faciles et seront même probablement résolues dans la foulée.

      Et pour l’angle qui nous intéresse, si on a pu résoudre le CO2 sans décroissance radicale, on ne devrait pas en avoir besoin pour les autres pollutions non plus.